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Luca, la critique du film

Une fois de plus, Bob Chapek piétine sur le travail de Pixar. Après la relégation sur le petit écran du chef d’œuvre psychanalytique qu’était Soul en décembre dernier, les studios se sont retrouvés obligés de sortir leur nouvelle production à nouveau sur une plate-forme. Il est dommage de découvrir Luca, fable enfantine dépaysante dans des conditions qui pourraient la rendre oubliable …

Le choix délibéré de sortir Luca ailleurs que sur le grand écran relève du non-sens. Car la salle de cinéma est ce lieu où il est si facile d’y oublier ses soucis, de découvrir de nouveaux mondes et de faire de nouvelles rencontres. Ceci afin de s’affirmer et de découvrir de nouvelles facettes de soi. Pourquoi ne pas alors avoir permis à un jeune public, qui se cherche, de découvrir Luca au cinéma ? Un film d’animation d’une fausse simplicité, qui est une ôde à la liberté de se sentir comme un poisson dans l’eau lors d’une période où l’exploration et ses complexités sont de rigueur.

Luca reprend une formule vieille comme le monde chez les studios Pixar. Désigné ouvertement comme un outsider, Luca cherche à explorer un monde qu’il ne connaît guère. C’était déjà le cas pour Arlo, dinosaure chétif, Carl Fredricksen dans Là-haut ou le petit robot solitaire qu’était Wall-E. Ici, Luca est une créature sous-marine qui souhaite vivre à la surface. Chose que ses parents craignent par peur que sa différence lui attire les torts d’humains intolérants. Face à la rencontre avec une créature intrépide du nom d’Alberto, Luca va alors se révéler à la surface et partir à la rencontre d’un village italien nommé Portorosso.

Un nom hommage au film culte d’Hayao Miyazaki, autre hymne à l’aventure casse-cou, fait en toute modestie à l’image du film. Après la sidération laissée par Soul, Luca paraît plus simple dans son récit ; essentiellement construit autour d’une compétition sportive située au cœur du village. Un scénario construit pour un jeune public, qui ne sera pas insensible à ce qu’il cache. Car derrière cette intrigue compétitive, Luca est un récit enfantin fort sur la différence. 

Le sous-texte LGBT+ est clairement palpable grâce aux trajectoires prises par les deux personnages masculins que nous suivons. Luca fuit le monde marin à cause de sa famille qui souhaite le cacher car effrayée à l’idée de révéler une différence au monde, Alberto s’accepte tel qu’il est et vit en solitaire en ne suivant que ses propres règles. Le nœud dramatique du film se tourne vers la relation entre ces deux protagonistes. Cette relation, et le cadre bucolique de l’Italie imaginé par Pixar, a provoqué une multitude de comparaisons au film Call Me By Your Name de Luca Guadagnino. Néanmoins, il faudrait plutôt se diriger vers une autre oeuvre de Guadagnino pour repenser à Luca : la série We Are Who We Are.

Une comparaison facilitée par la présence de l’acteur Jack Dylan Glazer dans les deux oeuvres mais le sentiment estival de la série ; où un jeune homme se cherche alors qu’il est lâché dans une base militaire américaine basée en Italie, amène à explorer le sous-texte laissé par Luca. Le voyage dans ce petit village, traversé par de nouvelles rencontres dont une enfant vaillante, va faire prendre au héros éponyme de nombreuses trajectoires dans sa quête d’affirmation. Cela culminant vers un final bouleversant où une poésie très simple fait passer un message d’une grande importance de tolérance. Il ne serait d’ailleurs pas anodin de se demander si le nom de Luca n’est pas en hommage au réalisateur italien…

Laissez-vous embarquer dans une aventure intérieure ensoleillée avec Luca. Il serait dommage que sa sortie numérique hasardeuse laisse de côté la bienveillance radieuse d’un film qui parlera à tout type de public. Petit film, certes, mais d’une grande sagesse dans son propos.

Luca. Réalisé par Enrico Casarosa. Avec Jacob Tremblay, Jack Dylan Grazer, Emma Berman et Maya Rudolph. Durée : 1h36

Author

Victor Van De Kadsye

Victor Van De Kadsye

Créateur du site. Je ne vis que pour des artistes comme Michael Mann, Clint Eastwood, Hou Hsiao-hsien ou bien Kelly Reichardt. Capable de réciter n'importe quel réplique de l'âge d'or des "Simpson".

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