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Pieces of a Woman, la critique

Racheté par Netflix lors de sa projection à la Mostra de Venise, qui aura permis à Vanessa Kirby d’être récompensée pour son rôle, Pieces of a Woman est arrivé sur nos écrans cette semaine. Ce drame bostonien, qui n’est pas sans rappeler les drames endeuillés de Kenneth Lonnergan, met en scène la vie d’une femme brisée par la mort de son enfant lors de son accouchement. Un récit fort et personnel gâché par une caméra omniprésente.

Ce serait peut-être injuste de considérer ce récit bouleversant comme un prétexte à empiler les codes du film à Oscar. Annoncé dans le carton introduisant le film, Pieces of a Woman est un film du réalisateur Kornél Mundruczo et de la scénariste Kata Wéber. Ce couple connaît la même douleur que vivent leurs personnages de Martha et Sean. Il s’agit évidemment du film le plus personnel de ce duo, dont l’écriture et la réalisation ont nécessité un travail plus qu’important pour transposer une expérience aussi terrible qu’intime à travers une fiction. À cela, cette histoire est traversée par la rencontre de personnages forts, fragilisés et rarement dans une position manichéenne. Vanessa Kirby, que l’on a pu voir dans de récents blockbusters du cinéma d’action, ne signe pas une performance “à Oscar”. Loin de là. Tout en nuances, elle parvient à incarner toute la palette complexe de sentiments que l’on peut ressentir, voire subir, au fil du temps lors de ce genre d’événements.

Malheureusement, cette intimité terrassante s’efface très rapidement par l’omniprésence envahissante de la caméra de Mundruczo. Ce même problème lui a été reproché pour La Lune de Jupiter il y a quelques années. Un croisement entre le sujet de la crise migratoire et le film de super-héros à dimension christique. Un film pour lequel la curiosité laissait vite place au mauvais goût d’une mise-en-scène plus occupée à montrer ce dont elle était capable au lieu de filmer son sujet. Pieces of a Woman souffre de ce même problème, et cela se ressent dès son ouverture. Passé quelques séquences d’expositions qui posent cartes sur table les enjeux entre les différents personnages (choc des classes sociales, l’attente inespérée de l’enfant), le film impose d’emblée son climax, l’accouchement de l’enfant dans un plan-séquence durant près d’une demi-heure.

À force de courir dans tous les recoins de l’appartement du couple, précipité par les événements, la caméra commence à rendre prévisible chaque action et étape qui vont mener au cruel final de la séquence. Impossible d’être insensible face à ce qu’il se passe devant nous, peut-être l’un des moments les plus horrifiques que nous verrons cette année, mais on en vient à se demander l’intérêt de montrer tant de virtuosité auparavant. La caméra, trop visible, trop flagrante, est à la limite d’effacer le poids dramatique d’une telle séquence à force de ne rien exprimer dans ses mouvements. Passé cette séquence, les effets de style continueront d’effacer tout le poids tragique de cette histoire. Les nuances disparaissent, les retournements de situations s’enchaînent et font rapidement perdre le fil de ce mélodrame au sujet lourd. Alors en pilote automatique, les actions du film se font attendre par leur prévisibilité et finissent par effacer l’intimité d’une Vanessa Kirby impériale.

Dans un sens, Pieces of a Woman ramène au même problème qu’avait 1917 l’an dernier. Quand la tragédie de plusieurs situations s’efface face à une caméra trop démonstrative, difficile de se sentir intégralement investi devant ce qu’il se passe sous nos yeux. Un récit fort et personnel, il n’y a pas de doute, mais qui ne mérite pas d’être exposé de cette façon.

Pieces of a Woman de Kornél Mundruczo et Kata Wéber. Avec Vanessa Kirby, Ellen Burstyn, Benny Safdie, Sarah Snook. Durée : 2h06.

Author

Victor Van De Kadsye

Victor Van De Kadsye

Créateur du site. Je ne vis que pour des artistes comme Michael Mann, Clint Eastwood, Hou Hsiao-hsien ou bien Kelly Reichardt. Capable de réciter n'importe quel réplique de l'âge d'or des "Simpson".

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